''On ne naît pas femme on le devient''

vendredi 14 octobre 2011

Pas de place pour vous dans notre Bus



Je ne suis pas entrain de les accuser
Loin de les taquiner
Et encore plus loin de les critiquer...
Je suis d'une autre position
Je les plains........


Je plains toutes ces filles que je croise au centre ville, depuis place Barcelone jusqu'au Passage (surtout)...
Vous avez l'air vulnérables mes filles, avec vos regards vides!
Perdues entre l'occident et l'orient, vous avez l'air ridicule ...( quoi que entre Nancy 3ajrem, Chirine passant par Elissa, Haifa et Hanen Turk...On n'en sort pas indemnes...je vous comprends)





Vous le portez mal votre voile, ce qui reflète que vous n'êtes pas convaincus mais des connes vaincues...
Vous ajustez mal vos hanches dans ces pantalons serrés
Vous avez surement des varices à cause des talons que vous écrasez en marchant
Et puis vous torturez vos sacs à mains!!!


Pour que tu aies une chaise dans le bus, ta mère a bien travaillé dans les couloirs d'un hôpital, espérant un jour, te retrouver dans le même couloir, à courir pour sauver la vie d'un enfant (ou du moins l'avis d'un médecin). Elle voulait pas te voir dans la station à attendre que ton mec termine ses bières.


Elle a déjà reçu ces coups de poings pour un rien, et t'as caché le bleu sous son oeil pour que tu ne saches même pas que ça puisse arriver à une femme.
Elle t'as surement parlé de son enfance ; du fait qu'on l'a marié de force ; elle t'as surement parler du fait qu'elle s'est retrouvée affronter à une solitude, du fait qu'elle a résisté aux harcèlements conjugaux qu'elle subissait tous les soirs...et a aussi bien soulignée que, à ta venue elle a eu une nouvelle bouffée d'espoir pour continuer à vivre (ou survivre).



Vos mères ont combattu pour que vous preniez le métro pour aller à la FAC (ou fuck, ça dépends)
Vos mères n'étaient pas aussi soumises que vous ne l'êtes 
Vos mères ont appris à enlever et sortir sans le ''sefseri''
Vos mères ont appris à porter des mini jupes, et ont su marcher sur les 12cm de talon
Vos mères ont osé leur première cigarette
Vos mères ont osé ouvrir la porte de la maison pour recevoir les invités
Vos mères ont réclamé leurs droits aux divorces, et ont réclamé l’abolition de la polygamie
Vos mères ont appris à parler Français

C'est facile de se voiler la figure avec vos 'niqab', et faire semblant de ne rien voir.
C'est facile d'arrêter ses études pour les beaux yeux de ''weld el7ouma'' qui te veut au mariage et qui est gêné du fait que tu as eu ton bac.
C'est facile de se retourner vers sa maman pour lui annoncé le désarroi, le '' j'en peux plus'', le ''la vie est dure'' et que en fin de compte tu te mari (après tout ''Sonet el 7ayet'')
C'est facile de plaire quand on est 'voilée' (normale puisqu'on voit rien)
C'est facile de se cacher derrière ce tissus, et surtout c'est confortable : rester à la maison quand il pleut.
 Etant voilée, on se permet le luxe des faits néants (surtout quand on est des victimes de la société).


Abandonné est facile.


Vous avez abandonné la place que vos mères vous a réservé dans le bus.
Vous l'avez cédé à un barbu qui vous a eu avec ses propos religieux.
Vous l'avez cédé à un arnaqueur, qui pour te convaincre te parle de Son Dieu.
Vous l'avez cédé à des barbares machistes.


Le bus va partir sans vous. Je céderai pas ma place.
Je réclamerai le droit que mon fils aille dans un autobus scolaire




NB: Ta mère, avant de sortir, sous la plui, direction station de bus,  pour aller travailler dans le couloir de l’hôpital, a veillé à ce que tu sois bien au chaud!












Rosa Parks

jeudi 29 septembre 2011

A toi...

Pourquoi pas en fin de compte? Pourquoi pas lui en vouloir? 
Toute somme faite, rien ne l'empêcherait...Et puis ça calmerait les esprits et ils seront quittes....


Mais en quoi ça servirait?...
Ce qu'elle traîne dans sa valise est largement suffisant pour l'appeler 'fardeau'. Pas besoin d'autres poids.
Et puis comment pourrait-elle en vouloir à la personne qui a donné un nom à son rêve d'enfance?


Comment pourrait-elle t'en vouloir? N'est-ce pas toi qui ; pendant une soirée finit au poste de police après un dîner arrosé ; a griffonné une série de jeux de mots sur un papier pour donner nom à son projet? N'est ce pas toi qui étais la cause pour qu'elle prenne son courage à deux mains et tout détruire pour reconstruire? N'est ce pas toi qui lui a raconté l'histoire du chien qui a une tâche blanche à l'oeil droite (et qui est toujours inachevé)? N'est-ce pas toi qui lui a fait découvrir la cuisine thaïlandaise? n'est-ce pas toi qui étais là à l'aider à éteindre sa 29eme bougie?N'est ce pas toi qui lui a transmis l'aisance au volant?...


Et comment tu pourrais le savoir? Elle t'a jamais parlé de ça..j'en suis témoin.


Sûrement se prononcerait-elle la personne qui ne t'aime plus ; mais moi je te dis elle t'a mal aimé! 
C'est vrai, je l'ai vu te pleurer la nuit et te penser le jour, je l'ai vu dormir n'en pas pour rêver mais pour t'oublier comme a dit le poète,  je l'ai vu te fuir, te blâmer, te rejeter, t'ignorer, te supplier, te regarder, te désirer, te supplier, te fuir, te blâmer, te rejeter, t'ignorer, te vouloir, te supplier encore une fois...je l'ai vu....et je l'ai avisé du danger. 
On savait, elle et moi, qu'il y avait un danger quelque part, mais elle a préféré faire la sourde têtue au lieu de m'écouter. Je lui ai bien dit que c'était elle-même votre danger, et elle m'en a voulu pour ça.
La vie a voulu autrement (quand on ne trouve pas d'explications on parle de la vie) ; les cheminements étaient les bons ; vos cheminements étaient les bons, mais n'étaient pas en cohérence ni avec ceux de la vie ni avec ceux du temps d'ailleurs. C'était pas le bon moment.


J'ai pu parler avec elle l'autre jour, et pour la première fois depuis un moment,elle s'est posée devant moi pour me prêter oreille. J'ai commencé par lui parler de la vie, elle s'est ennuyée,c'est pas de ça qu'elle voulait entendre parler ; mais ne m'a pas fuis, comme jadis ; et c'était bon signe, donc j'ai rebondit avec les histoires d'amour qui se terminent sans raisons. 
Son amour aux contes m'a aidé, donc, je lui ai raconté un, chaque soir, jusqu'au jour où elle m'a demandé de lui passer de quoi écrire.
Et c'est là que j'ai compris qu'elle m'a compris ; t'as compris ; s'est comprise. Elle savait pertinemment qu'elle est fautive, elle savait pertinemment que à trop vouloir une chose on la perd. Elle savait pertinemment que votre vécu (si je me permets d'appeler ce que vous avez vécu du ''vécu'')  est  le bon,mais c'était pas le bon... moment.


Comment peux-tu demander pardon à une personne qui ne te considère pas fautif? Comment peux-tu lui demander de t'oublier, elle qui garde avec acharnement les meilleurs moments de sa vie? Comment peut-elle dissocier les moments de bonheur qu'elle a vécu avec toi?
Je te dis moi, ne demandez plus rien l'un à l'autre, vous ne vous devez rien ; elle te doit rien, tu ne lui dois rien, vous êtes quitte. Je vais pas lui parler des détails de ton SMS, mais je lui dirais que tu as voulu avoir de ses nouvelles, je lui préciserai aussi que t'es pas venu tendre la main de l'amitié (ça la mettrait en colère) je lui dirais que c'est beau de renouer contact avec des personnes qui comptaient ; qui comptent.


Elle est sereine, on peut pas lui demander plus pour le moment.
 Le bonheur elle le cherche pas, je la connais depuis 30ans (dans deux mois) et je sais de quoi je parle ; Elle n'a jamais cherché le bonheur, mais elle sait le détecter quand il est dans l'air.


Tout comme toi, elle se fait des soucis parfois, elle craint d'être la cause de tes prochains regrets. Mais elle se dit qu'au fond, le temps ne fait que remédier les dégâts du passé, et puisque ça n'arrive pas qu'à elle, donc toi aussi tu pourrais en bénéficier.


Je serai avec elle le jour où elle retournerait à ce fameux resto, qui a vu naître le projet de ses rêves, je lui ai promis d'y retourner pour lever un verre à ton nom, on y retournerait une fois le rêve réalisé. 
Tu n'es pas méchant, tu n'es pas un monstre ; elle n'est pas un ange, elle n'est pas gentille. Vous êtes, deux être humains et vous avez le droit de commettre des erreurs vous aussi, comme le reste de votre race. 
Vous avez le droit de ne pas vous poser des questions. 
Et puis vous avez le droit d'être ce que vous êtes.



jeudi 22 septembre 2011

Hommage...

C'est son café qui est froid, ou c'est le climat, ou peut être son corps vu qu'elle porte encore le pull léger qu'on lui a acheté, ou peut être aussi la courte jupe qu'elle n'arrête pas de mettre depuis six mois déjà, ou encore peut être parce qu'elle est installée dans la terrasse du café et que le soleil a pris son chemin vers un autre monde, ou enfin peut être parce que son coeur est froid.


C'est chaud à l’intérieur, une lumière chaude, des personnes bien au chaud. Voilà un couple d'amoureux collé l'un à l'autre, feuilletant l'album de famille en ayant le sourire grand à chaque fois ; et puis une famille de l'autre côté, lasse d'être ensemble, chacun tenant son portable en main. Le père passant des coups de téléphone toute les 30 secondes, la maman envoyant des SMS de tort et à travers, l'adolescent jouant sans arrêt et la petite fille sur son PC à habiller les poupées virtuelles, ses seules compagnons. Le couple semblerait las mais a l'air complice et ça soulage les esprits observateurs. Des jeunes qui n'ont pas encore fêté leur deuxième décennie, sont installés en face, ayant aux yeux la lumière qui reflète la joie d'être là à fêter le 18éme anniversaire d'une copine, des rires hystériques de temps à autre et des triques de verres de café. Et puis tous ces vas et viens des garçons au service de tout le monde : Les messieurs installés au fond, décorés de gourmettes, chaines, et ayant la chemise ouverte ; les deux dames juste à côté parlant des histoires de coeur qu'elles rêvent de vivre comme jadis il y a 10 ans ; les deux collègues excités parlant de leur patron, s'exprimant même par leurs corps ; Et puis ce monsieur solitaire fumant sans cesse une cigarette et qui la tient en seul compagnon ; ces copains affamés mangeant leurs pizza avec appétit et en silence....Et enfin ce journaliste fameux pour avoir eu un blog censuré à un certain moment, et qui n'arrête pas de critiquer même après le coup d'envoi de la course vers le 'donc' le 'qu'est ce qu'on fait maintenant'.


Nina Simone, Franck Sinatra, Louis Amstrong, Edith Piaff, Aznavour et Brel sont là à conter à l'audience leurs histoires d'amour, de déceptions, d'espoir et de désespoir. 
Le bruit des couverts, la fumée des cigarettes, les chuchotements, et la bienveillance de la patronne à la caisse dominaient l'espace pour lui donner un air convivial. Tout faisait l'objet d'une convivialité qu'on ne trouve que dans un café entretenu par une femme, habitant la côte de Tunis et ayant un vide quelque part.


Notre jeune fille était dehors, décortiquant les détails du cadre  a travers le vitre, comme seuls les experts de toile peuvent faire ; au point de ne pas remarquer les premières gouttes de pluie qui ont commencé à se lasser du ciel.
L'insistance des gouttes sur son bras l'ont fait sortir de son spectacle pour se retourner à l’évident son de contact de la pluie sur la terre. Et voilà que ses pensées se sont détachées du spectacle pour demander des nouvelles de son frère qu'elle a tant envié, apprécié, respecté. Cet être qui a eu ce qu'il devrait avoir de la vie. Et puis sa petite amie qu'elle a tant aimé, adoré en silence comment va-t-elle? Lui a-t-il offert cette bague qu'elle a adoré à la vitrine du bijoutier? L'avait-il remarqué déjà? Lui a-t-il fait découvrir son poète préféré?...Elle ne saura jamais la réponse. Les histoires de coeur, on les raconte aux amis, c'est ridicule d'en parler à la famille.
Et comment se fait-il que la pluie tombe comme ça sans prévenir? pourquoi les nuages n'ont-ils pas passer le message aux terriens?
Le cendrier est sur le point de déborder sur la table, personne n'est venue pour le changer ou  tout au moins le débarrasser. Et qui des garçons s'hasarderaient pour sortir dans un tel froid pour s'occuper d'elle, surtout qu'elle n'a pas fait signe de vie??
Elle adorerait prendre des risques elle, mais ses parents lui sont chers, elle peut pas se le permettre. Parfois quand elle est seule à la maison, elle prend le risque de  se balader nue à la maison, ou d'autre fois, elle s'hasarde à toucher au buffet de son père pour goûter à son Whisky, son compagnon de vie. Elle est courageuse elle.Si avait des amis, elle aurait pris plus de risque, mais bon, avoir des amis c'est pas évident de son temps, que dire des risques.
Elle adore faire balader son esprit hors des cadres. Elle aime être seule en plus. Les amis pour elle ne sont fait que pour combler un vide. Vaut mieux se l’épargner, a-t-elle conclut à la fin...


La lumière de la terrasse a commencé à s'éteindre ce qui l'a attiré de ses pensées. En ce retournant elle a réalisé que la pluie a cessé d’hydraté sa bien-aimée et que son cadre n'enfermait que l'image de ce monsieur à la cigarette ; les chaises renversées sur les tables ; la patronne toujours à la caisse faisant les compte de la journée ; Zohra celle qui connait tous les coins du café s'est insérée dans le cadre pour nettoyer les empreintes de chaussures des clients. Et cette montre au mur, annonçait les 23heures passées. Comment l’évolution des évènements lui sont-ils échappés??...Elle n'a pas le temps pour y réfléchir, sûrement qu'on a commencé à s'inquiéter. Elle jeta ce qui lui reste de monnaie de la journée et s'est mise à courir  pour gagner trois minutes de marche, et en laisser cinq.


Ses pas rattrapaient les gouttes d'eau sur la piste et le imprégnaient sur son collant déchiré.
Essoufflée devant l’immeuble, elle prit son temps pour revoir si ses vêtement était en règle. Elle a essayé de débarrasser les traces de boue sur ses jambes.
En montant les escaliers du deuxième étage, elle aperçut la silhouette de son père devant elle. Embarrassée, elle baissa les yeux. Le toucher de son père les a fait remonter. Et en langage de signe, elle lui a demandé des excuses pour le retard. Et comme d'habitude il lui a répondu en parlant doucement pour qu'elle puisse le comprendre que c'était pas grave et qu'il est juste descendu parce que comme d'habitude il a oublié d'acheter suffisamment de pain.
Elle lui rétorqua toujours en langage de signes, qu'elle n'avait pas faim.
Sans insister, son père a rebroursé chemin. Elle était soulagé, elle n'avait pas à utiliser ses mains pour leurs expliquer que son retard n'était pas voulu. 

samedi 17 septembre 2011

Je veux pas de ta Barbie

Laisse moi tranquille
Tu parles beaucoup
Je retiens rien de ce que tu racontes
Ou contes, ou con 'te'

Vas te laver les mains ailleurs
Demande 'pardon' à la bonne personne
Pour moi, tu es mort le jour où t'as arrêté de me raconter des histoires 
Et puis j'ai jamais entendu parler d'un cadavre qui revient pour demander pardon.

Elle avait envie de lui cracher ça en pleine figure, elle avait envie de lui faire rappeler qu'il n'avait plus rien à foutre ici, et que d'ailleurs il n'a jamais rien foutu ici. Elle ne se rappelait même pas de sa voix, et voilà qu'il lui parle de sa poussette, de ses habitudes, de sa sucette....et puis de quoi d'autres????   Ah oui du fait...qu'ils étaient proches jadis et que sa première Barbie n'a pas servit à grand chose, mais qu'il a gardé espoir, sa fille ne pouvait pas être différente des autres filles de son âge et n'a pas arrêté de lui en ramener.
Il n'a jamais compris qu'on lui a pas lu les contes de fées avant de dormir, pour qu'elle prenne en amie 'sa Barbie'. Il n'a jamais vu que Barbie est blonde.


(...to be continued, or maybe not)


jeudi 15 septembre 2011

Un thé c'est un thé ; un café c'est un café...point barre

-On se quitte parce que, toi tu bois le café noir, et moi le thé au citron.
-Non je te quitte, parce que, tu le bois sucré ton café, et moi sans sucre mon thé...

Ce n'est pas une citation celle là, ni un jeu de mot inventé ; c'est une séquence qu'elle a arraché de sa vie pour bien la conserver dans sa mémoire. C'est quoi la mémoire en fin de compte, si ce n'est, le miroir qui reflète les moments de la vie.


Contrairement à ses habitudes ce jour là; elle a commandé un thé aux pignons...Elle n'a jamais aimé l’arrière goût que les pignons laissent après un bon thé...Ce jour là, elle voulait être différente, elle a (inconsciemment) porté les vêtements qui ont plu et qui ne lui plaisent pas.
Elle s'est maladroitement fait "son" 'make up', parce que d'habitude ça la fatigue'le make up' , donc elle s'en prive pour "son bien", elle s'en prive pour alléger son âme.

Et  puis voilà que le sort, ou le destin, ou les signes du destin ; (ou appelez le comme vous le voulez) ; a fait de sorte à ce qu'elle prenne ce verre de thé au port qui réussi à la rendre perplexe.
Rien ne donnait l'impression que la journée allait avorter une rupture (d'ailleurs tous ceux qui se quittent généralement le font la nuit ou le soir, rare le matin, ou l'après-midi). Aucun signe alertant..Aucun Toc Toc...

La semaine d'avant était plus sincère que sa journée, la semaine d'avant lui a murmuré que c'est fini que c'est pas grave, que 'le chemin est plus important que l'arrivée'. Mais voilà le weekend ensoleillé, trompeur, l'a remis en question et la laisser rêver d'un avenir meilleur de ce qu'elle ne croyait ; que cet hôtel était vraiment fait pour "eux".

Ce jour là, elle respirait un air nouveau (faut dire aussi que les hirondelles étaient au rendez vous, donc c'est normale qu'on respire un nouvel air, ou 'nouvelle ère' je sais pas). 
Tout s’annonçait bien, et voilà que le thé est venu.

Un peu trop sucré le thé je trouve.
Voyons!!...tu te lamentes trop...sucré ou pas sucré t'as pas le choix maintenant il est déjà là, tu dois le boire

"T'as pas le choix maintenant"....Elle ; qui a toujours eu la certitude, si ce n'est la conviction, que tout le monde a le choix ;  est restée perplexe (doublement perplexe) devant cette expression...Et puis Il le savait lui!!!
Pourquoi a-t-il choisi ce terme?...Vaut mieux abandonner de penser, elle doit arrêter de penser pour un peu, et puis son 'make up' ferait le reste.

Chef, pourrai-je avoir du sucre, s'il vous plaît
Tout de suite, monsieur
Mais t'en a mis trois déjà!!
Oui mais c'est encore amer, je sens le goût de l'amertume./.

"Je sens le goût de l'amertume"...Pourquoi il n'a pas terminé sa phrase...Pourquoi il n'a pas précisé où sent-il de l'amertume...Pourquoi il n'a pas dit, "oui mais le goût du café est encore amer"...
Les hirondelles sont là, elle les écoutent...
Elle adore ce silence...ce silence qui leur réussi...ce silence qui te mène jusqu'en Somalie pour essayer de comprendre le pourquoi de toute cette cruauté...ce silence qui te fait réaliser que toutes les recherches que tu peux faire à ce sujet, répondront aux comment, quand, où, jusqu'où;     mais jamais elles ne répondront aux pourquoi.

Tu penses à quoi?
Rien j'écoute le silence
Tu penses à quoi?
A ce foutu goût de café.
D'habitude tu bois pas de café toi.
Oui mais c'est parce que t'as commandé un thé que j'ai commandé un café
...

Les hirondelles sont là, elle peut distinguer leurs chants(ou comment on appelle ça)

La semaine prochaine je viens pas, je veux me reposer, ça me fatigue ce trajet presque quotidien de 70KM
Je comprends
Non tu comprends pas, t'as même pas un permis de conduire pour comprendre.
T'as raison.
Je comprends plus rien moi aussi.
...
Je suis perdu, tout ces tralalalallalalalalalalallalalalalallalalalalallalalalalalalalallalalallalalalalalalllalalllallal (c'était un monologue de 5min pour que en fin...) je veux me reposer donc
Je comprends, je peux pas te demander plus. Tu fais beaucoup d'effort pour garder notre couple en vie.
Oui j'ai fait beaucoup

''J'ai fait beaucoup''...Pourquoi il a utilisé le passé...pourquoi tout ce monologue...pourquoi tous ces prétextes...pourquoi se justifier quand l'amour n'est plus là...et voilà que sa tête a fait surgir 
''Il faut savoir quitter la table quand ....''......pourquoi ne pas y rester même s'il n'est plus servi l'amour...Il faut respirer sur table après avoir manger, bouger tout de suite pourrait causer des nausées.

Les hirondelles sont là..

T'as jamais pensé aux pourquoi des cruautés qu'on voit au Somalie?
Non...pourvu déjà que je pense aux pourquoi des miennes.
...

Elle a eu l'impression que ça a commencé à dégénérer... Elle va pas parler, surtout pas parler, elle doit écouter, et puis tout est là pour accentuer son écoute. Le son des hirondelles en un fond sonore, le 'make up' pour ne rien laisser apparaître, et puis ce port qui la rend perplexe. Elle doit se taire.

J'ai pensé à nous ce weekend... (à titre de rappel le weekend qu'ils ont passé ensemble)
Et?... ( à titre d'information, elle a horreur de cette question,parce que quand on elle la pose elle a l'impression qu'elle demande un jugement, elle demande une fin aux termes)
Et rien... ( rien ça veut dire tout)
C'était un beau weekend, je dois l'avouer
Oui...
Je veux garder ça en mémoire...je veux zapper ce que tu vas me dire, je te comprends pas mais je t'ai compris; le message est passé.
Je sais que t'es pas bête...
Ça me soulage que tu t'en rappelles.

Elle voulait lui dire que c'est pas ce weekend que ça a agonisé. Elle voulait lui dire, qu'elle a vu venir ça depuis un moment  ; voire des semaines, mais qu'elle s'est tût parce qu'elle s'est décidée de ne plus penser. Elle voulait lui dire, qu'elle a jugé "beau" leur weekend parce qu'elle s'est empêchée de penser. Elle voulait lui demander des excuse parce qu'elle lui a laissé sa place pour le faire.

Mais à quoi bon sert de dire tout ça?...si elle le dis, elle risquerait de tomber dans le même piège que ses trlallalallllallalalalallalalalal ...Parfois le silence se paye en or.

Facture payée, ils se dirigèrent vers la voiture qui fait  du 70KM de trajet presque quotidiennement, et qui a demandé un temps de repos.
 En ouvrant la porte elle a réalisé que le chant des hirondelles est devenu le sens des vautours.
Elle a réalisé qu'on vient de tuer un sentiment dont elle n'était même pas au courant de son existence. 

Feirouz été au rendez-vous dans la radio de la voiture, pour raconter l'histoire du mec qu'il l'a quitté parce qu'il était ce qu'il était.

Il n'a pas terminé son café...elle n'a pas chassé les pignons. Elle garde en mémoire cette scène; et ne se rappelle plus de l'hôtel où ils étaient. Elle n'a même pas appris à faire correctement son 'make up'.





mercredi 14 septembre 2011

PS : Ma cigarette dure 7 minutes...je sais pas le temps que tu mets pour fumer la tienne


Tout a commencé quand une lumière a pénétré les persiennes pour réchauffer mon réveil.c'était l'occasion  pour une belle sortie à Djbel el Manara (autrefois), Sidi Bou Said (aujourd'hui).
Un coup de téléphone à la personne qui m'a jamais dit Non (ou presque) et hop debout pour une journée inspirante, prometteuse.


Une clope avant de sortir ne ferait pas de mal (surtout que je suis seule à la maison, et qu'il y a pas moyen de nuire à la santé de son prochain), faut juste se rappeler de laisser la fenêtre ouverte avant de sortir. Douche, cigarette; consultation de boîte mail, cigarette ; musique cigarette; facebook cigaretteS ; le journal de 13h, cigarette--comment pourrait-je regarder toutes ces atrocités sans fumer une cigarette ou deux--...C'est bon, je peux pas rester plus, il faut que je sorte, on m'attend et puis mon appareil photo, il est où? comme d'habitude dans mon sac et bien chargé.
Vaut mieux prendre un taxi, je vais pas laisser m'échapper le coucher de soleil de l'autre côté de la ville.
Vingt cinq minutes de trajet, vingt cinq minutes de résumé d'actualités politique et l'avis d'un taxiste "un membre actif dans la société" sur ce qui se passe.
Arrivée à destination 'Carthage', celui qui ne m'a jamais dit Non ou presque, n’était pas là comme d’habitude, il est en retard, normal, il habite dans cette lumière , lui, et ne voit pas l'utilité de courir la rattraper, il peut s'en réchauffer 7 jours par semaine. Entre temps, cigarette, (oui on peut fumer dans la rue sans être déranger là bas, c'est la banlieue); je vois un camion s’arrêter devant une épicerie, 'normal' me diriez vous, ouais, mais il y a un jeune qui descend décharger les boissons; il devait avoir 19 ans maximum, j'ai prié Dieu qu'il soit 'vacataire' (c'est comme ça qu'on appelle un étudiant pendant l'été ); mais je crains que ses gestes ne sont pas d'un simple vacataire, c'est ceux d'un, qui ne sait faire rien d'autre que ça, et donc j'ai fumé une autre clope.

La personne qui ne m'a jamais dit Non, est enfin venue ; direction Sidi Bou. 
Marcher à pieds fait du bien, mais marcher tout ce trajet, c'est pas évident, pour deux qui n'ont plus les vingt ans. Donc, on a marché un peu, jusqu'à la station du train. Entre temps, c'était la Cathédrale de Saint Louis la protagoniste de notre discussion et sur le fait qu'elle est tunisienne  plus que les tunisiens, mais que les tunisiens pour la visiter devraient payer 9dt (12DT pendant l'ancien régime); j'ai rien payé moi pour visiter Notre Dame De Paris.


On est arrivé pile poil avec le train. Il pue le train; enfin,  faut dire que c'était 16h, et que c'est septembre, il fait encore chaud, et puis même le corps respire.
On descend du train, je fume une clope avant de faire l'escalade de la colline 'parce que pour arriver au paradis il faut faire le pèlerinage' parce que pendant le pèlerinage, c'est pas du tout évident de fumer. 
Je reconnais plus la ville...Tiens une nouvelle banque au coin...Non ça fait longtemps qu'elle est là, d'ailleurs une fois t'as retiré de l'argent de son DAB !!...Ah d'accord j'ai oublié...c'est pas que t'as oublié, c'est que tu es plus concentrée aujourd'hui...oui je le suis, on respire mieux quand on est plus en couple, on vit mieux, on voit mieux.


Bref, la ville n'est plus la même, je sais pas si c'est plus triste ou plus déterminée, mais elle est différente, certes les amoureux on les croise partout, mais les touristes eux ils sont pas au rendez vous.
Des photos sur la route pour les albums de FB. 
Je vois plus rien à travers mon appareil, je libère mes mains pour pouvoir fumer une clope, je passe l'appareil à mon ami (parce que seul un ami ne te dit jamais non ou presque). C'est son tour de me prendre en photos. Tantôt, je bouquine, tantôt je lui parle, d'autre je lui lis à haute voix, mais en revoyant les photos, cette cigarette était présente plus que moi. 

On est deux maintenant à penser que le village est triste (on a pas osé se le dire à haute voix), mais je l'ai compris qu'on j'ai proposé de redescendre et qu'il n'a pas lutter pour rester encore pour un peu. Parce que quand on est à Sidi Bou, on peut pas s'en aller facilement. Et puis, de toute façon je crois que depuis qu'on a transformé le nom de "9ahwet cheb3an" en "Café des Délices" rien n'est plus le même. On sent même plus l'odeur des Jasmins (Normale puisque, aussi, on a confondu entre l'odeur du jasmin et celle du sang des martyrs)...bref...ça fait du bien de fumer une clope.


La descente n'est jamais comme la remonter, elle est plus légère, plus rapide. Et si vous avez remarqué, quand on  redescend on prends presque jamais le même chemin. Donc on a pris les escaliers du jardin de Sidi Bou. Et  voilà, que j'étais sidéré en se rendant compte que le jardin publique est devenu la terrasse d'un grand café. Et voilà qu'une réflexion m'est venue  à l'esprit : quand je grandirai, je dirai "mon père me ramenait ici pour jouer et me prendre en photos" ; mes enfants par contre diront on a été avec papa pour jouer à la terrasse du café", et sans le vouloir j'ai fumé une clope.


-T'as envie de manger un truc?
-Euuh oui, euuuh non, euuuh ché po...t'en a envie toi?
-Oui, si tu manges avec moi..qu'est ce que t'as mangé ce matin..?
-Euuuuh un café.
-J'ai dit manger, d'accord qu'est ce que t'as mangé hier?
-Euuuuuh, attends la dernière fois que j'ai mangé c'était vendredi
-QUOIIIIIIIIIIIIIIIII? On est lundi, mais t'es folle ou quoi
-Mais je peux pas me rappeler de tout  moi!!!!!!


On est parti manger (manger c'est une corvée). Bref... bien sûre la règle de la cigarette dit que tu dois fumer avant de manger, pour pouvoir prendre ton temps à table et ne pas penser à la cigarette. Et puis une fois ton plat terminé tu fumes une autre. Et puisque je suis copieusement les règles, donc...


Descente vers le port à pieds; des jeunes déjà rentrent de la plage, on jette un coup d'oeil à cet hôtel, autrefois fameux pour sa luxure...l'hôtel de nos enfances, l'hôtel d'Amilcar, et je me suis dit que tout vieilli, rien ne reste intact. Ça n'a pas changé grand chose le nommer au nom d'un fils d'un Grand. Donc j'ai fumé une clope.


Une fois au port, j'ai senti que je suis dans mon élément, cette paix que j'ai la bas me laisse perplexe, donc si on veut me faire taire c'est la bas qu'il faut m'emmener. La personne qui ne m'a jamais dit non ou presque, a profité de l'occasion pour parler un peu, parce que parler ne se fait qu'avec un ami; entre temps des photos pour les albums de FB. 
Le soleil a repris son chemin, laissant place à la lune (c'était la pleine lune avant hier).


En rentrant j'ai réalisé qu'on peut faire le tour de Sidi Bou en 2 heures(tout confondu). Et j'ai réalisé aussi que fumer ne nuit pour rien à l'âme.


PS 2 : Le taxiste de chemin de retour m'a donné aussi son avis sur ce qui se passe actuellement en Tunisie


PS 3 : J'ai trouvé une porte jaune à Djbel El Manara







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NEW YORK MON AMOUR

 Le mercredi soir, avant son départ pour New York, il avait été voir Manhattan de Woody Allen. Et, en sortant du cinéma, boulevard des Italiens, il s'était longuement promené en songeant à cette ville immense, fiévreuse et vaguement inquiétante, dans laquelle demain, pour la première fois il se baladerait. Il avait plus d'une fois remis ce voyage, car une question le préoccupait: Comment l’accueillerait-elle? .. Elle, c'était Van; qu'il avait aimé quinze ans auparavant dans une petite ville assoupi sur les rives du lac Léman et qui vivait maintenant, seule, à New York. Lui aussi était seul; il approchait de la quarantaine. Souvent, le soir, il pensait à sa mort ; et il se promettait de ne pas mourir avant d'avoir vu Manhattan, avant d'avoir revu Van.
 Il se demandait également pourquoi il rêvait encore aussi fréquemment d'elle ;pourquoi toutes les femmes qu'il connaissait lui ressemblaient ; pourquoi il s'était montré si cruel envers elle lorsqu'il l'avait quittée. Elle ne lui avait jamais pardonné, il savait qu'à la suite d'une tentative de suicide, suivie d'une hospitalisation dans une clinique psychiatrique, il l'avait à jamais perdue... 
Il se souvenait de tout cela comme d'un mauvais rêve que, peut être, ce bref séjour à New York dissiperait. Et comme il était par moments naïvement romantique, il se disait qu'il allait à la fois à la rencontre d'une ville, d'une femme, de son passé et de sa mort. A d'autres instants il se moquait de ses rêveries adolescentes, de la complaisance avec laquelle il considérait sa vie et s'en voulait de tant s'apitoyer sr lui-même.


 A New york, il descendit au Palzza. Il avait écrit, deux semaines auparavant, à Van qu'il passerait trois nuits et qu'il souhaitait la rencontrer. elle ne lui avait pas répondu et aucun message ne l'attendait à l'hôtel. Après s'être reposé, il téléphona à quelques amis ; il n'osait pas l'appeler ; il redoutait qu'elle fût absente ou qu'elle refusait de le revoir. Il aurait volontiers donné quelques une de ses années qu'il lui restaient à vivre contre une soirée passée en sa compagnie.


 Lorsqu'il l'eut au bout du fil, il s'entendit sèchement répondre qu'elle était très occupée et que, de toute manière il y avait à New York des choses beaucoup plus importante à faire que de la rencontrer. Blessé, il hésita à répondre sur le même ton qu'il n'en doutât pas et raccrocher. Mais il se contint, insista -lui qui jugeait toujours si humiliant, si ridicule, d'insister- et, finalement s'entendit jeter comme une aumône ces mots : "Rappelle-moi samedi à midi, je pourrai peut être déjeuner avec toi..."
Avant de s'en dormir, il nota dans son journal : "Est-ce vraiment Van qui m’intéresse? N'est ce pas plutôt la partie de moi qui n'a jamais réussi à s"en détacher? C'est bien le drame de l'amour qui nous dépossède, parfois définitivement, des meilleurs parts de nous même."  Il ajouta qu'il aurait tord de reprocher à Van quoi que ce soit, car "tout ce qui est arrivé est arrivé de ma faute. Lorsque j'ai rompu,je me suis conduit à son égard comme un goujat. Elle ne me l'a jamais pardonné ; elle ne me le pardonnera sans doute jamais. Peut être est-il nécessaire qu'elle continue à me haïr et moi à la regretter. Ainsi, nous sommes quittes." 


 Le lendemain, qui était un vendredi, il prit le pouls de cette ville monstrueuse et superbe que déjà il aimait. Il songea que si, un jour, il devrait quitter Paris, c'est là qu'il irait trouver refuge. Pour avoir vu New-York des centaines de fois au cinéma ou à la télévision, il ne s'y sentait pas étranger.


 Samedi à midi pile, après s'être baladé dans Chinatown, il téléphona à Van. Elle lui fixa un rendez-vous dans un restaurant japonais de la 57E Rue. Comme prévu, il arriva en avance et elle en retard. Elle portait les cheveux courts, sans cette frange qui lui plaisait tant. Elle était habillé avec la même élégance discrète qu'il lui connaissait autrefois. Et comme autrefois elle fumait des Benson and Hedges. Il était à la fois ému et mal à l'aise. Il l'a sentait nerveuse, tendue, irritée, entourée de barbelés invisibles. Ce qui d'emblée le troubla le plus; ce fut de réentendre sa voix rauque, profonde, irrésistiblement sensuelle. Il écouta religieusement, comme si elle était la seule musique susceptible de l’apaiser, de le réconcilier avec lui-même, au point de perdre plus d'une fois le fil de conversation. D'une manière générale d'ailleurs, il s’intéressait moins dans une discussion à ce que ses interlocuteurs disaient qu'à la manière dont ils trahissaient, par leurs intonations, par les gestes de leurs voix, leur personnalité.
Ils déjeunèrent donc ensemble dans ce restaurant japonais : elle commanda du poisson cru. Il prit un sukyaki. Il l'observait à la dérobée ; il osait à peine la regarder ; il se sentait avec elle des  timidités de collégien. Il feignait d'être enjoué et elle d'avoir oublié leur passée. Pourtant au fur et au mesure que le temps s'écoulait, leurs rapports devinrent plus naturels, presque complices. Ils échangèrent quelques confidences. Elle lui parla de ses trois tentatives de suicide, de solitude, de son sentiment de n'être nulle part à sa place. Il tenta d’évoquer certaines scènes qu'ils avaient vécu ensemble, certains films qu'ils avaient aimés, notamment Pierrot le Fou, de Jean Luc Godard, mais elle dit avoir mauvaise mémoire et difficilement se souvenir de leur amour.
 Il avait du plaisir à être là, simplement avec elle. Il se réjouissait de la voir plus détendue, plus spontanée. Et ne se fut guère surpris lorsqu'elle lui proposa de se promener à Central Park. Ils parlèrent de Proust et de sa théorie de l'amour, de Cioran et du déclin de l'occident ; Proust puisqu'il lui avait lu à haute voix pendant des nuits entières ; Cioran qu'elle lui avait fait découvrir. Présent et passé, en cet instant, se confondaient. Il l'engagea passionnément à se procurer le récit de Fritz Zorn, Mars, ajoutant que depuis Kafka il n'avait rien lu d'aussi fort.
En fin d'après-midi, elle lui demanda de l'accompagner chez Balducci, un traiteur italien à la mode. Pendant qu'elle allait d'un rayon à un autre, il l'observait. Il se demandait si, la voyant pour la première fois, il serait attiré par elle ;  il ne sut que répondre. Il se demandât également si, au cas où il l'aurait épousée, comme jadis était son intention, il la considérerait maintenant comme un péché de jeunesse qu'il devrait passer toute sa vie à payer, selon la formule de son cher Schopenhauer. Nos actes, se répéta-t-il une fois de plus, sont vraiment des coups de dés.

 Pendant qu'il l'a reconduisait chez elle, il tint à lui faire savoir combien il se sentait encore coupable à son endroit. "Sur un point au moins j'ai changé, lui confia-t-elle alors ; j'ai perdu l'habitude de charger autrui du poids de mes difficultés personnelles ; je crois que chacun a dans la vie ce qu'il mérite, du moins ce qu'il appelle" Et ce fut à son tour de sourire lorsqu'il a entendu Van citer un maxime d'Epictète qu'il lui avait envoyé au moment de leur rupture : "Accuser les autres de ses malheurs est le fait d'un ignorant ; s'en prendre à soi même est d'un homme qui commence à s'instruire ; n'en accuser ni un autre ni soi-même est d'un homme parfaitement instruit." "tu vois, ajouta-t-elle, je n'ai pas tout oublié..."


 La nuit était tombé depuis longtemps lorsqu'il arrivèrent devant son immeuble. Il était à la fois soulagé et mélancolique. Que n'eût-il donné pour revenir à ce temps béni où il était en son pouvoir de la rendre heureuse. Ils se dirent au revoir comme de vieux amis. Il hésita à la prendre dans ses bras, à lui dire : "Reste avec moi ; ne nous quittons plus ; nous vivrons dorénavant l'un pour l'autre, l'un par l'autre" ...Il se tut cependant. Car, outre la crainte d'être repoussé, trop d'expériences semblables lui avaient appris qu'il était certes sincères au moment où il disait ces mots, mais qu'au même temps il mentait, car il avait soif d'aventures, d'infidélités. Il se savait inconstant et pourtant fidèle, inexorablement fidèle, car même si il l'avait voulu, il ne serait pas parvenu à oublier le moindre détail de ce qu'il avait vécu avec les femmes qu'il avait aimées. Il ne voulait pas choisir : il ne voulait pas s'amputer.Pas encore, tout au moins.
 Le lendemain, avant de quitter son hôtel à l’aéroport, il téléphona une dernière fois à Van. Il se borna à la remercier -un peu cérémonieusement- d'avoir consenti à la voir. Il ajouta néanmoins, sur un ton plus enjoué, qu'il l'a trouvé toujours très belle, très désirable mais qu'il n'aurait pas l'audace de lui faire la cour ni la présomption de penser qu'elle pût encore s’intéresser à lui. Elle lui demanda de lui envoyer le livre de Fritz Zorn ; ainsi, pensa-t-il, les liens ne seraient plus tout à fait rompus. Dans son journal, il nota laconiquement : "Que pense-t-elle vraiment de moi? Quel jeu jouons-nous? Je ne le saurai peut être jamais"   Dans l'avion, après avoir copieusement dîné et regardé Le prisonnier d'Alcatraz, de Don Siegel, l"envie lui prît soudain d'écrire à Van. Il griffonna  en guise de brouillon à une lettre future, ceci : 
"Comme tu me l'as demandé, je te fais parvenir par courrier séparé le livre de Zorn. Attention : il est encore radioactif. On ne sort pas indemne après une telle lecture. En le lisant, tu comprendra peut être mieux pourquoi dans ma jeunesse j'ai réagis aussi violemment, si rageusement, si maladroitement aussi contre le cancer moral qui ronge le pays où s'est écoulée notre enfance, et qui d'une manière ou d'une autre, nous a tous atteints. Je suis curieux de connaitre tes réactions"
 "J"en viens maintenant à un point que je n'ai pas voulu aborder lors de notre dernière rencontre. Si j'ai plaisir à te voir -plus que un plaiisr: besoin- c'est que tu es plus présente en moi que toutes les femmes que j'ai connues jusqu'ici. Je vis certes dans le passé, mais en général je me rend compte qu'il est passé, définitivement dépassé. Avec toi, en revanche, j'ai plutôt l'impression de quelque chose qui pourrait -qui doit?- advenir et je ne doute qu'avec les années nous serons de plus en plus proches. Qui sait même si dans dix , vingt ou trente ans..."tu délires", me rétorqueras-tu vraisemblablement. Non, je rêve. Je rêve simplement au plus beau cadeau que la vie m'ait accordé : toi. Et j'en rage de m'en être montré indigne. Sans doute as-tu raison : Chacun n'a que ce qu'il mérite.
"Ayant la pénible impression de t'être devenu à peu près indifférent (mais pas totalement, d'où ce tenace espoir...), je me garderai bien de t'importuner plus longtemps. Je tenais simplement à te dire cela ; et c'est plus facile par écrit ; devant toi, j'ai de la peine à ne pas jouer un rôle, et je suis aussi maladroit que lorsque, à la sortie de ton lycée, je te demandais des nouvelles de ta soeur, alors que toi seule comptais à mes yeux. Alors que toi seule tu comptes aujourd'hui encore...
"Bon. Je ne te fatiguerai pas plus longtemps avec des propos qui doivent t'apparaître singulièrement hors de propos.
                                     Affectueusement,
                                                                      R.


PS : Concernant le livre de Zorn, tu peux t’épargner la lecture de la préface de Muschg ; elle ne lui ajoute rien. Au contraire"


   A peine avait-il achevé cette ébauche de lettre qu'il sut que jamais il ne l'enverrait à Van. Il tenait trop à elle pour se permettre la moindre faiblesse, la moindre maladresse.
   Il s'était légèrement assoupi lorsqu'il vit poindre le jour. Simultanément -et par un hasard qu'il eût volontiers qualifié de miraculeux- la chaîne sur laquelle il avait branché ses écouteurs passa la prélude de Tristan and Isolde, de Wagner, son morceau favori. En un éclair, il eut alors conscience que la négation n'est peut être pas le dernier mot. Et il éprouva vis-à-vis de la création tout entière un sentiment de reconnaissance. Ce que lui réservait l'avenir, il l'ignorait.Mais il était heureux d'avoir vécu jusqu'à cet instant, d'avoir espéré et d'avoir désespéré, d'avoir connu des minuits et des aurores, d'avoir cru et d'avoir maudits. Il savait dorénavant que, pour le meilleur ou pour le pire, il ne serait plus jamais seul. Il suffisait d'attendre. Et d'abord d'apprendre à vivre en amitié, en harmonie avec lui-même.
      Sans doute la fatigue et l'exaltation avaient-elles assoupi son esprit critique et mis en veilleuse sa lucidité. Il en était conscient. Mais il savait que cela aussi était nécessaire. Comme sont nécessaire le oui et le non, la lumière et les ténèbres. 



    Le lundi matin, en se rendant au journal où il travaillait, boulevard des italiens, il repassa devant le cinéma qui protégeait Manhattan.Il eu un sourire complice avec Diane Keaton et Woody Allen. Et il se dit qu'après tout cette escapade new-yorkaise pourrait donner matière à une petit nouvelle. Il écrivit le soir même.Jamais il ne réalisa avec autant d'acuité combien écrire, c'est aussi trahir , et se trahir


Roland JACCARD